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Dans freelance, il y a free.

mai 2019

A quoi ça ressemble un Freelance ?

Va savoir Charles !
Il y a plus de profils de freelances que de brains de paille dans une meule, probablement.
Je ne les connais pas tous, loin de là.
Cependant, j’en distinguerais deux, les indépendants par défaut et les indépendants par choix.

Dans les deux cas, il peut s’agir d’un statut temporaire, on n’est pas obligé d’opter pour celui de freelance ou de salarié à vie, et dans les deux cas, ces choix se défendent.

On n’est pas forcément fait pour être indépendant non plus, ce n’est pas une qualité ou un défaut, c’est un ensemble de paramètres qui fait que l’on pourra ou non s’épanouir dans ce statut.

Les indépendants par défaut, peuvent se trouver entre deux postes en entreprise, ou en début de carrière (de ceux qui, au sortir de leurs études n’ont pas trouvé d’entreprise), ou simplement avoir opté pour l’indépendance à une période de leur vie, mais avec toujours l’objectif de changer de statut à un moment ou un autre.

Je ne vous parlerai pas de ceux-çi, je n’en connais pas beaucoup.

Je fais partie de la catégorie des indépendants par choix. Si tant est que l’on puisse faire avec ces parcours disparates, un ensemble.

J’ai exercé plusieurs métiers dans ma « déjà un peu longue vie », mais je ne me suis vraiment installée dans aucun d’eux, et pour tout dire je n’ai jamais, en plus 35 ans de travail, signé un Contrat à durée Indéterminée (CDI).

Ce n’est probablement pas un hasard.

Depuis que je fais partie des fabricants de web (2007 exactement), je suis freelance.

Il y a deux notions auxquels je suis profondément attachée et qui m’ont fait faire ce choix ; un irrépressible besoin de liberté et l’attrait pour une certaine forme de décroissance économique au profit d’une croissance de temps disponible hors activité rémunératrice.

Travailler autrement

Encore une fois, afin de ne choquer ni d’énerver personne, il ne s’agit que de mon point de vue totalement subjectif, nous n’avons pas tous la même histoire, la même vie, les mêmes envies.

J’ai besoin de me sentir libre pour ne pas sombrer dans la morosité permanente. Ce sentiment m’est indispensable, autant que de respirer, de bouger et de me nourrir. Je parle bien de sentiment, car je ne suis pas à même de vous donner une définition de "La Liberté" (vous avez 5 heures), si ce n’est la mienne qui est de l’ordre de la perception, induite par quelques points, entre autre :

  • Pouvoir faire le choix des personnes que je veux côtoyer ou celui de ne côtoyer personne au quotidien,
  • Pouvoir dire non quand je suis confronté à un conflit de conscience,
  • Gérer mon temps comme je le souhaite,
  • Ne pas être assujettie à une hiérarchie à plusieurs étages,
  • Ne pas me déplacer quotidiennement,
  • Pouvoir dormir tout mon saoul (si, si c’est primordial pour ma capacité à vivre en société :) [1]
    et quelques autres encore…

Mais bien sûr tous ces avantages ont leur pendant d’inconvénient :

  • L’absence de sécurité matérielle

J’en ai cherché d’autres, mais peu ou prou, toutes les difficultés majeures auxquelles peuvent être confronté les indépendants, me paraissent découler de cette insécurité matérielle.

L’accès aux prêts bancaires, aux biens de consommation, la protection en cas de maladie ou d’accident, la possibilité d’assurer l’avenir de ces enfants, etc., etc.

On pourrait aussi parler d’un relatif isolement, mais avec les espaces de coworking fleurissants, c’est de moins en moins vrai pour ceux qui ne veulent pas rester seuls chez eux.

Il ne s’agit pas de faire seulement un choix de statut quand on opte pour l’indépendance, mais bien également d’un choix de vie, dans son ensemble.

En ce qui me concerne il est, probablement, de n’avoir pas plus que nécessaire, si pour avoir plus il faut rogner sur les points précédents ou sur d’autres activités.

Un choix fait depuis longtemps

Sans en prendre réellement la mesure, jusqu’au jour ou suite à un sevrage tabagique extrêmement mal négocié, je me suis retournée vers une psychiatre ne sachant plus comment gérer les crises de paniques et « l’angoisse atroce despotique qui, sur mon front incliné, plantait son drapeau noir » [2]

Cette charmante dame, m’a rapidement tirée d’affaire en gérant un cafouillage médicamenteux on ne peut plus catastrophique (mea culpa). Au bout de quelques semaines nous discutions pendant 30 mn tous les mardis, et j’aimais bien ces conversations.

L’air de rien, elle m’avait amené à prendre conscience de mes choix de vie qui me semblait jusque là couler de source et être l’œuvre du destin. J’étais à l’époque Régisseuse de production, intermittente du spectacle, statut particulier, relativement protecteur mais tout de même assez peu sécurisant, mais ce n’était déjà pas mon premier métier.

Au bout de quelques temps elle m’a gentiment dit que j’allais bien et qu’elle ne pensait pas utile de prolonger ces entretiens, ce qui m’a semblé approprié, mais comme je me questionnais sur mon avenir, je lui ai demandé si elle pensait que je devrais essayer de m’assurer un peu plus de sécurité.

Elle m’a répondu avec un grand sourire, un presque clin d’œil :

Tout dépend du prix que vous accordez à votre liberté ?

Nous connaissions toutes deux la réponse à sa question.

Il ne s’agit que du prix à payer

La liberté ça se paye, le confort aussi, et la sécurité tout autant.

Alors quand j’entends des gens, bien intentionnés au demeurant, donner des conseils aux indépendants sur ce qu’ils valent, combien ils doivent facturer leurs services pour avoir les mêmes avantages que les salariés, le même confort/niveau de vie, la même sécurité, combien par jour, par mois etc., ça me laisse songeuse.

C’est très bien d’informer les nouveaux venus, de leur expliquer que ce qu’ils facturent ce n’est pas ce qu’ils auront pour vivre, qu’il y a des frais à prendre en compte, qu’il ne faut pas se brader [3], mais c’est faire une grosse erreur à mon avis que de vouloir aligner les avantages matériels du statut de salarié et de celui d’indépendant.

D’aucuns arrivent à gagner toujours plus, à baigner dans l’abondance, à s’assurer du confort et une relative sécurité en étant Freelance, et c’est tant mieux.

Encore faut-il le vouloir et en faire une priorité.

Croissance et décroissance

J’évoquais plus haut une forme de décroissance.

Mon arrière grand-mère, de condition très modeste, avait pour habitude de conclure chaque bon repas, chaque bon moment par :

Toujours autant et jamais plus

J’adore cette citation.

Si l’on a assez pour se nourrir, se loger, s’épanouir, payer ses charges et ses factures, pourquoi vouloir plus ?

Mais ce « assez » peut être très variable d’un individu à l’autre et c’est là qu’est le levier. Je bénéficie de certains avantages depuis quelques années, mais pendant très longtemps ce choix de vie ne me permettait aucun écart et rien de plus que l’indispensable.

L’indispensable, le nécéssaire et le superflu ne seront jamais, hors besoin vitaux, les mêmes pour chaque personne.

La notion de confort est très disparate et évolue avec les années. Voyager m’est devenu nécéssaire au fil du temps, alors que le besoin d’une vie sociale intense a reculé d’un cran et que j’ai de plus en plus de plaisir à renoncer à certains biens matériels au profit de plaisirs moins couteux comme celui de ne rien faire.

Il ne s’agit pas d’austérité, juste de trouver un peu de bien-être ailleurs que dans le fait de consommer.

Bien sûr c’est plus facile quand on a pas d’enfant a raisonner, eux qui sont en permanence sollicités par tous les pourvoyeurs de futilités. [4]

Je voudrais juste que l’on ne prenne pas le modèle de pseudo sécurité/confort du salariat comme le Graal à atteindre, avec tout ses avantages durement acquis par des génération de travailleurs, son SMIC, ses tickets restaurants, et ses compensations diverses et variées, ni celui de l’entrepenariat d’ailleurs, qui ne vaut pas mieux, ni moins.

Être chef d’entreprise, freelance ou salarié, ce n’est clairement pas avoir la même vie, ni les mêmes aspirations.

Probablement que ces différents statuts ne sont pas adaptés aux mêmes personnes, l’important c’est d’être bien (enfin le mieux possible) là ou l’on est.

Personne ne peux vous dire combien il vous faudra gagner pour vivre.

L’une des meilleures façon d’annihiler un être humain, c’est de lui ôter sa capacité à faire des choix, ce qui pour certains peut ressembler à ne pas en faire et à se laisser porter, mais cela reste également un choix [5].

Comme dans nos sociétés pour l’instant une activité indépendante n’est pas la norme, elle inquiète plus et ne fait pas référence. Sans parler de cette « Uberisation » générale qui n’est pas un choix de vie mais une précarité imposée et une manière de salariat déguisé, sans les avantages, avec tous les inconvénients… Ceci n’est pas de l’indépendance, c’est de l’esclavagisme moderne.

Les artistes créateurs professionnels, quand à eux, sont presque tous indépendants et cela n’étonne personne. L’activité artistique est intimement liée à la liberté, à l’absence de nécessité productive, à la non-conformité. Une forme de vie en marge de la société et de ses codes fait en quelque sorte partie du statut « d’Artiste », sans que cela ne surprenne personne. Il n’en est pas de même pour les autres activités.

Il n’y a pas de meilleur statut, de plus confortable, de plus épanouissant, il y a des êtres humains, qui ont des aspirations différentes.
Et il n’y a surtout pas de comparaison à faire entre l’un et l’autre. Les contraintes ne sont pas les mêmes, les avantages non plus. Et même quand on a fait ce choix, ce n’est pas tous les jours facile. Quand les traversées du désert se prolongent, comment ne pas douter ?

Je me suis beaucoup questionnée ces dernières semaines. J’en suis là, et même si le vague à l’âme se fait chaque jours plus présent, je ne regrette pas, si c’était à faire, je referais pareil et sans hésitation.

Parce qu’il est très clair pour moi que c’est ce qui me convient le moins mal, que ce vague à l’âme tournerait au raz-de-marée si je devais entre autre, rendre des comptes, me plier à des horaires, ne pas choisir pour qui et pour quoi je travaille, me préoccuper quotidiennement de mon apparence, même si l’avenir et le matériel gagneraient incontestablement en confort et en sécurité.

Si vous voulez tous les avantages, des deux côtés, quelque soit votre choix, il est probable que vous vous fourvoyiez.
Comme le disait Flaubert « Il faut choisir, on ne peut pas manger à tous les râteliers ».


[1À ce propos, lire l’excellent article « Dans un monde néolibéral, le sommeil est un truc de losers »

[2Libre interprétation de Spleen - Charles Beaudelaire

[3Quoi qu’il faille bien commencer et faire son trou, et qu’on ne peut pas, à moins de réelle méconnaissance du marché, demander à un débutant de facturer 500 €/jour.

[4Je n’ai pas d’enfant ce n’est pas non plus un hasard

[5Choix conscients ou inconscient, ce qui ne veut en aucun cas dire égalité des chances. Dans un contexte donné, il y a presque toujours la possibilité de faire des choix, même s’il sont plus restreints pour certains que pour d’autres et même s’ils sont difficiles.

Messages

  • Bel article, je m’y retrouve surtout dans ta conclusion :

    > Parce qu’il est très clair pour moi que c’est ce qui me convient le moins mal

    Évidemment l’insécurité fait partie du jeu, j’y pense souvent.
    Pas de filet de sécurité, pas de chômage, si un jour mon activité diminuait ce serait un peu l’angoisse.
    Mais si je devais, contraint, reprendre un boulot salarié, j’aurais beaucoup de mal à vivre à nouveau la promiscuité, les relations sociales imposées, falsifiées.
    Plus que la charge ou les conditions de travail, c’est ce qui m’avait amené à un burn out après 10 ans d’open space.
    La liberté n’était pas le moteur principal pour me mettre à mon compte, je suis un peu handicapé dans mes relations sociales et l’indépendance a pour moi surtout été un salut, une façon de sauver ma peau.
    Mais après 7 ans de freelance, je sais maintenant que ma liberté vaut beaucoup.

    Merci pour ton article et pour le partage de ton expérience.

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