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Semaine 2 – Inktober - #iwak

octobre 2020

Jour 8 - Dents

Dix ans qu’ils ne se parlaient plus. Quand par hasard ils se croisaient chez le boucher ou à l’épicerie, le dernier entré tournait les talons et revenait plus tard.
J’étais partie pour acheter des saucisses aux herbes quand j’ai vu sur ma droite arriver le Pierre, sur ma gauche son cousin François.

« — Prenons les paris. Qui va faire demi-tour le premier ? »
Te voilà trompette, toujours taquin je vois ?

Ils marchaient d’un bon pas tous deux, droits comme des i, le bâton battant la mesure, l’un à main gauche, l’autre à main droite. Moi, dans la rue centrale, j’essayais d’évaluer à quel moment la rencontre aurait lieu si aucun des belligérants ne déclarait forfait.
 Une histoire de dent tombée dans une assiette les avait fâchés, à jamais. Pierre avait perdu une canine. Bêtement, en mangeant du chou, la dent fragile s’était fait la malle dans la potée.
Évidemment, François s’était tordu de rire. Le Pierre vexé avait quitté la table, avec, précieusement plié dans son mouchoir, le chicot récupéré non sans mal au fond de l’assiette de bouillon.
— Oh, ne fais pas ta trogne. C’est qu’une dent, t’en as d’autres !
— Ah, monsieur parle de trogne, regarde plutôt la tienne, ivrogne ! Tu crois que j’ai l’argent pour le dentiss ? Hein, tu crois que j’ai un magot, moi aussi ?
— Y’a pas besoin d’un magot pour réparer une dent. Y va t’y coller une en ferraille avec la grosse d’à côté et ni vu ni connu.
— Et c’est toi qui m’le payes, avec ton argent foutre ?
— De quel argent tu parles ? Ma paie de l’usine, ça ne va pas chercher loin. Ce n’est pas des argents foutre, c’est pas d’cet acabit.
— Et le magot de la Louise ? Hein, qui c’est qui l’a donc ?
— Quel magot ? Louise ? Elle n’en avait pas un devant ! Tu ne te rappelles pas à la fin, il ne lui restait que la peau sur les os, et rien dans les placards tellement elle comptait ses francs ? Mais c’est quoi donc c’te farce ?
— Ooooh c’est facile à dire, ça. Mais tout le monde sait bien qu’elle avait un magot et qu’elle était tellement rapiat qu’y devait être bien ventru !
— Admettons, s’il faut croire c’qu’on dit… Mais qu’est-ce que j’ai à faire avec cette histoire ?
— C’est pas toi qu’as débarrassé la maison peut-être ?
— C’était pour rendre service ! Monsieur, il y a des gens serviables dans c’bas monde ! Et de quoi tu m’accuses ? D’avoir volé la famille ? T’es qu’un pauv’type, Le Pierre, t’es jaloux comme une teigne, t’aimes rien ni personne. Et tu m’insultes en plus. Si tu n’étais pas déjà édenté, j’t’aurais collé un pain !

Il avait jeté sa serviette, envoyé balader une chaise, mis un coup pied dans le porte-parapluies qui était parti valser dans le baquet de lessive et il avait tourné les talons, en contenant sa colère. Maryse et ses filles regardaient leurs assiettes soulagées de ne pas avoir à les séparer. C’est un costaud, le cousin. Ils ne se sont plus adressé la parole depuis, rien, même pas un bonjour, même pas aux enterrements.

Aujourd’hui c’est François qui a choisi l’esquive, à gauche toute, boulangerie.
L’autre a continué sans broncher, le sourire aux lèvres, vainqueur !
Ici ce genre d’histoire ça peut même se transmettre, comme un héritage, à la génération suivante.

« — Ce n’est pas ce qui s’appelle avoir une dent ? »
Rigole trompette, c’est toujours ça de pris.

Jour 9 - Lancer

6:00 affiche le cadran du réveil. Ça pique pour un samedi.
Grib est déjà dans les starting-blocks, heureux comme Ulysse, et excité comme une puce.
— J’arrive, j’arrive. Tu as pris un thermos de café ?
— Oui, Kalie, j’ai ! Rien oublié. Les pains au lait, le chocolat, le couteau à champignon, les capes de pluie pour s’asseoir, des chaussettes de rechange et même ton petit oreiller, pour que tu puisses continuer ta nuit. Mon nécessaire de pêche est déjà dans la voiture.
Il pense à tout cet écureuil sauf au plaid dont je m’empare avant de sortir dans la nuit fraîche. Il n’a jamais froid, et moi, c’est tout le contraire.
— Allons-y, allons-y…
La route jusqu’au col est bordée de plantation de résineux. La lune, projette l’ombre de ces géants de bois et d’épines en travers de l’asphalte. Ici une catapulte, là un aspirateur, un lapin, une fillette, un fantôme, un de plus, nous en avons dénombré cinq depuis le départ.
Arrivée au lac, une petite marche sur le chemin de terre, le silence, le suintement de la source, le vent fraîchissant les oreilles, les étoiles et la voie lactée, pas de lumières parasites… J’adore cet endroit.
Observer Grib à ses préparatifs est un ravissement, il s’affaire avec méthode, choisit la soie, monte la canne. J’ai droit à une présentation en règle des nouvelles mouches. Une libellule plus vraie que nature, et trois autres dont je ne retiens pas le nom, toutes identiques à quelques détails près.
— Ce sont les trois mêmes ?
— Mais pas du tout. Ce que tu es bête, alors ! Sois attentive, regarde. Là, les plumes sont plus longues, celle-ci est plus lourde pour le mi-fond, et là, tu vois le cercle, c’est pour la poser en douceur, immobile.
— Oui, oui, oui. C’est ténu, tout de même…
— Pfff, finis ta nuit, tu n’y connais rien vieille femme.
— Toi… ! Non, allez, j’ai la flemme, je pique un somme, va. Va faire tournoyer la soie, lancer, laisser, poser, amortir, animer, faire vibrer… Je n’ai rien oublié là ?
— Lancer ? N’importe quoi. Tu pourrais faire un effort. Aujourd’hui pour ta culture, c’est pêche nipponne, j’essaie le Tenkara. C’est facile tu pourrais t’y mettre. Mais d’abord, il faut que tu apprivoises l’eau.
— … Oui bien sûr, apprivoiser l’eau… On en reparlera quand j’aurai 100 ans. Les machins japonais, c’est toujours trop lent pour moi. Allez, file !
— Mais Chuuut, ne parle pas si fort !

Et le voilà parti vers la rive, au lever du soleil, sur la pointe des pieds, retenant son souffle, léger comme une plume, la discrétion du serpent qui se faufile dans les bruyères.

À moi le café, la sieste, la nature et… Oh, un cèpe ! Mazette, j’allais m’asseoir dessus.

Jour 10 - Espoir

Le grand jour de la brocante annuelle du village, immuable rituel du 2e dimanche d’octobre, est arrivé. Pour la grasse matinée, vous repasserez la semaine prochaine, depuis 5 heures ce matin c’est branle-bas de combat dans les rues et sur la place.
Les commerçants s’installent, les particuliers vident des coffres entiers de trésors de pacotille, accumulés dans les greniers pendant des décennies, les employés municipaux montent avec difficulté, entre deux vins chauds, la buvette et le kiosque pour se restaurer, il faut bien se donner du cœur à l’ouvrage.

Les cling et clong des ferrailles s’entrechoquent, quand elles ne tombent pas de toute leur hauteur, en vrac, dans un boucan d’enfer et suraigu. Les barrières sont tirées, poussées, tirées de nouveau sans ménagement à chaque passage, ça s’invective à tour de voix,
— Vire ton camion, tu ne vois pas que tu bloques l’accès !
— Eh ! Minute, je décharge, t’as l’feu au derche ou quoi ?

Autant se lever, boire un café bien chaud, allumer le poêle, le thermomètre indique 14° dans la cuisine, c’est peu, même en automne.
Toutes les rues seront barrées aujourd’hui et emplies du fumet de saucisse, de chou, de vin aux épices et de rosé limé.
La réputation de ce vide grenier n’est plus à faire, elle attire chaque année plus d’exposants. Du gamin qui vend ses jouets, au professionnel, flanqué de tous ceux qui essaient de rentabiliser l’héritage de la tante Joséphine tout en se débarrassant des encombrants, ils se massent en une foule compacte qui prend ses quartiers sur la place, dans les rues, sur les pas-de-porte.
L’an passé, il s’en est fallu de peu que je reste prisonnière quand un banc de verroterie en tous genres a pris ses aises devant le portillon.

Les antiquaires de Lyon, de Saint-Étienne et de Clermont-Ferrand ne vont pas tarder à arriver, à l’affût, pleins d’espoir. Une bonne affaire est toujours possible, il se trouve encore quelques trésors dans les fermes et les maisons bourgeoises alentour. Alors, ils se pressent comme des charognards, ils négocient âprement, ils vitupèrent, crient au scandale, évoquent le couteau sous la gorge, la crise ; abandonnent avec un soupir désabusé, reviennent à la charge, essaient le mépris et en dernier recours, avant que l’objet n’échappe, ils sortent la liasse, et magnanimes lancent,
— Allez, c’est bien parce que c’est vous et que vous m’êtes sympathique !

Une brocante ? Une foire oui, où le particulier heureux possesseur d’un petit trésor souvent ignoré, se fait plumer presque à coup sûr, par plus malin que lui.
Parfois cependant, tel est pris qui croyait pendre. Tout le village raconte encore le tour de force de Maminette qui a refilé en l’an 2000, à un antiquaire débutant et pour une belle somme, une croûte signée d’un obscur peintre local, en l’appâtant avec un certificat d’authenticité « authentiquement » fabriqué maison par son aïeul faussaire invétéré, accompagné du baratin de haute voltige de madame « je peux tout vendre » en personne !

Sa dent en a tremblé de bonheur tout le long de la journée.

Jour 11 - Dégoûtant

La mère de Nathanaël après le départ du père n’avait pas ménagé sa peine pour subvenir à leurs besoins. Aide ménagère, ouvrière agricole, nourrice, elle ne refusait jamais un emploi, et en cumulait souvent plusieurs.
Ils vivaient chichement, mais ils recevaient une aide pour le logement et les agriculteurs amélioraient les maigres salaires avec quelques denrées qui permettaient de manger correctement à la belle saison et de faire des conserves pour les temps moins glorieux.

À l’âge de 14 ans, le futur Gribouille vint en apprentissage en alternance à la ferme. Il aidait les parents, principalement pour la traite et pour conduire les brebis aux pâturages.
Il aimait s’occuper des bêtes. Il attribuait à chacune d’elles un nom, dont il était seul à connaître la signification. « Voldera », « Firutette », « Malaka » et « Plongette » étaient ses préférées.

Il n’aimait toujours pas l’école et n’avait pas de bons résultats. Rester assis à écouter ou à copier des lignes dans un cahier lui était impossible. Il rêvassait, courait dans les prés, et parfois éclatait de rire au beau milieu d’un cours sur la gestion de la production laitière. Il ne s’est même pas rendu à l’examen de fin d’études, ce jour-là, il était à la pêche et avait sorti trois belles truites que nous avons partagées tous les cinq, invités par la mère, pour fêter le diplôme que lui avait présenté son fils.
Nous apprîmes plus tard qu’elle était presque illettrée et qu’il s’occupait pour elle de toutes les tâches administratives depuis le départ de son père.

Gorgio revenait une fois l’année, pour houspiller son fils et le gratifier de quelques gifles, lui reprochant d’être une demi-portion ne sachant pas se débrouiller pour vivre, ni se battre.
Il troussait la mère sur la table de la cuisine, que le garçon soit ou non présent, mangeait, buvait, et repartait comme il était venu.

Le 17 décembre 2008, la veille de son dix-huitième anniversaire, le père est venu et s’en est retourné chez les siens, emmenant avec lui la mère et tout le contenu de la maison.
Excepté son matériel de pêche et une malle restée dans la cuisine, il ne restait à Gribouille qu’un lit, une table et une chaise. Le coffre qu’il n’avait jamais vu ouvert recelait les souvenirs de son grand-père maternel. Glissé dans la serrure, un morceau de papier journal et deux mots d’une écriture malhabile, « Pour toi » sans signature.
À l’intérieur, 25 francs, un briquet tempête, un violon sans tête, un atlas plus âgé que lui, un fer à cheval et 3 pièces d’or.

Je faisais mes études d’arts plastiques à Saint-Étienne, les parents m’ont demandé s’ils pouvaient prêter ma chambre au désormais garçon de ferme, le temps qu’il trouve à se loger.
J’ai accepté avec joie, j’adorais ce môme qui rêvait les yeux ouverts et ne manquait jamais de se pencher par-dessus mon épaule quand je dessinais.
— Mais qu’est-ce que tu gribouilles encore ? Tu vas t’user les yeux.

Nathanaël est devenu gribouille, je suis restée à Saint-Étienne après mes études où j’ai trouvé un bon poste de création pour les soyeux, et lui est resté dans ma chambre que personne ne souhaitait qu’il quitte.

Il n’a jamais revu ses parents, il en parle toujours au passé, et si d’aventure on lui demande, il répond invariablement.
— Ma mère était trapéziste et mon père était dégoûtant.

Jour 12 - Glissante

Il a fait froid aujourd’hui, pour me réchauffer, j’ai pris un bain.
J’en prends rarement mais j’adore me couler dans l’eau chaude, doucement, longtemps, le repos du corps et de l’âme, les cheveux qui flottent comme des tentacules, juste le nez qui dépasse.
En sortant de la baignoire, j’ai glissé.
Je ne me souviens de rien.
Assommée sur le rebord, étendue, désarticulée une jambe repliée, tête pendante, une tache rouge sur le sommet du crâne et de longs filets écarlates dessinant une toile sur mes cuisses et le sol carrelé.
Je me suis sentie décoller du sol, légère comme un papillon sortant de sa chrysalide, mais lourd et manquant totalement de grâce à l’atterrissage.

— Kalie ! Kalie où es-tu ? Viens voir, les hérissons ont fait leur tanière dans les cagettes et la mousse que je leur ai préparée. Je crois qu’ils sont quatre. Viens voir !
C’est la dernière chose que j’ai entendue avant de me réveiller sous un regard vert pâle accompagné d’un sourire d’où s’échappait une voix douce.
Un ange. Je suis au paradis !

Trop vive la lumière, non ? Beaucoup de bruit et cette odeur… Beurk. L’hôpital, j’étais à l’hôpital.
— Il va falloir vous reposer quelques heures madame, on doit vous faire un scanner, mais vous n’avez rien de cassé apparemment. Comment vous appelez-vous ?
— Kalie. Enfin non, on m’appelle Kalie, mais pour l’état civil c’est Astride Desdrelle.

Je savais bien que si je voulais sortir d’ici rapidement il fallait que je réponde sans faire d’erreur à toutes les questions. Jour, date de naissance, circonstances de la chute, j’ai fait un sans-faute !
Je pestais contre moi-même d’avoir été si maladroite.
— La surface est souvent glissante dans une salle de bains, la vapeur, les shampooings, il faudra mettre un tapis, vous êtes jeune, mais d’ici quelques années vous ne pourrez plus vous permettre les numéros de voltige !

Il était rigolo ce médecin, et tout de même un peu irréel, semblant tombé tout cuit d’une couverture de magazine pour femmes actives et citadines.

Ça cognait fort dans ma caboche mais « pas d’antalgiques avant l’examen ». On m’a posée là, sur un brancard, au bout d’un couloir. L’ange au regard vert a souri une dernière fois et m’a confié comme un secret :
— Je vous laisse. Soyez patiente. À tout à l’heure, je vous revois en consultation après l’examen. Détendez-vous, dormez. L’infirmière donnera des nouvelles à votre compagnon.

Mon compagnon ? Gribouille ! Bon sang, c’est lui qui m’a trouvée. Il doit être aux cent coups. Le pauvre. Où est-il ? Dans une salle d’attente, à la maison, mais non… puis… ah… mais que j’ai sommeil… … …

Jour 13 - Dune


— Ça va ? Tu n’as pas soif ? Tu veux une couverture ? Une orange ?
Gribouille ne savait que faire pour m’être agréable. L’infirmière lui avait dit de me surveiller pendant deux jours après mon retour à la Frechette. Il me couvait comme un ramier qui ne quitte pas le nid.
— Ça va bien, Gribouille, arrête donc. Je suis rentrée hier, je n’ai aucun des symptômes qu’il fallait surveiller, je vais dessiner dans mon atelier et toi, tu vas te promener, mère poule !
— Me promener ? Ça ne va la tête. Tu vois bien que tu es sous le choc. Je vais te laisser là et partir à la pêche peut-être ? Et d’abord, il fait nuit.
— Grib, je vais bien ! Si tu veux, prépare le dîner et moi je mets la table. Ça te convient ? Tu pourras me surveiller tout ton soûl.
— Des spaghettis à la bolognaise, sont-elles à votre goût, Madame ?
— Parfait !

J’arrangeais un bouquet de roses un peu fanées quand le téléphone fixe qui ne sonnait plus jamais fit vibrer son carillon. Gribouille sortit en trombe de la cuisine.
— C’est bon, je décroche !… Oui, c’est bien moi. Ah le médecin…
Les yeux vert pâle étaient au bout du fil et le timbre suave me confirma immédiatement l’identité de l’interlocuteur.
— Oui, oui, je vais très bien, non pas de nausée, pas de maux de tête, enfin sauf sur les points et pas d’étourdissement, non, non plus. Non, rien à signaler.
Il me confia qu’il partait en congés, qu’il faisait le tour des patients pour vérifier que tout était normal et qu’il m’avait trouvée très courageuse et bien souriante.
— … Merci, c’est très gentil. Je, je vous remercie.
Il ajouta qu’il serait loin les deux prochaines semaines, une mission humanitaire dans le Sahara et que je n’hésite pas à contacter l’hôpital en cas de besoin.
— Le Sahara ? Ah oui, c’est loin, et bien bon voyage et merci, et à bientôt. Enfin non, pas bientôt. Je ne suis pas pressée de tomber encore. Bon voyage et peut-être, on ne sait jamais, si vous passez par ici, venez boire un thé.

Je raccrochai l’imaginant au sommet d’une dune, habillé d’une tunique blanche le regard vert pâle tourné vers l’horizon…

Un thé ? Qu’est-ce qui m’avait pris d’inviter l’interne de l’hôpital d’Ambert à boire un thé ? Cette chute avait peut-être laissé des séquelles tout compte fait.

« Quel est ce petit frisson qui te parcourt l’échine, Astride ? »
Oh mais tais-toi trompette, neurone ébranlé par un coup sur la tête, on ne t’a pas sonné !

— Je remets un peu de bois, Grib. Il fait froid ici.
Gribouille n’avait pas suivi la conversation, accaparé par la confection de sa délicieuse sauce.
— C’était qui ?
— Rien, le médecin qui prenait des nouvelles. Il fait ça pour tous ses patients parce qu’il part en vacances. Et il a dit que tu n’avais plus besoin de me surveiller !
— Oui, eh bien deux jours c’est jusqu’à demain. Alors tu manges, et au lit ma vieille.
— Oh, toi… Si je t’attrape.

Jour 14 - Armure

Le petit-déjeuner m’attendait sur la table. Pain, croissant, confiture, jus d’orange et café.
— Merci, Grib, tu es passé maître en matière d’intendance.
— Il faut que tu manges. Fais voir tes points, c’est bien refermé ?
— Arrête, s’il te plaît, laisse-moi un peu, tu veux bien ? Les points sont parfaits, j’ai regardé après la douche et…
— Tu as pris une DOUCHE ! TOUTE SEULE ?
— Mais évidemment que j’ai pris une douche, évidemment toute seule, et ne crie pas comme ça, tu me fais mal aux oreilles.
— Mais c’est dangereux, tu aurais pu tomber. Tu aurais dû me dire, je t’aurais aidée.
— M’aider, sous la douche ? C’est toi qui as pris un coup sur la tête ! Trois points, trois minuscules points sur la tempe. J’ai eu tous les examens nécessaires, je n’ai pas mal, je VAIS BIEN ! Arrête de faire ta mère poule, ça m’agace. Tu ne veux pas que je porte une armure non plus ? Pour être certain que je reste entière, c’est pénible à la fin !
— …
— Rhoooo, ne fais pas cette moue. Aller, viens là.
— J’ai eu peur, tu sais. Je ne peux pas vivre sans toi.
— Mais je ne suis pas morte, Gribouille, je me suis juste cogné la tête.
— Oui, eh bien ce n’est pas joli, joli, cette tempe rasée et ces fils verts… Alors ça me dégoûte un peu. Tu devrais peut-être mettre une cagoule plutôt qu’une armure, ça t’irait bien, non ?
— Alors tu n’es pas obligé non plus de passer de la sollicitude extrême à la moquerie de bas étage, Monsieur l’écureuil.

Enfin un sourire ! Et une langue tirée ! Je te préfère comme ça. Je crois qu’il va falloir que j’attende un moment plus propice pour lui reparler de voler de ses propres ailes…

—  Je vais à l’atelier. Tu ne t’inquiètes pas, je ne danserai pas sur la table, je ne grimperai pas aux rideaux, je ne ferai pas de glissade avec la chaise à roulette, je…
—  Ah, oui, fais attention avec la chaise à roulette !
—  …
—  Pardon. J’arrête. Je vais sortir les brebis. À tout’

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